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Perception sociale du piercing

Le piercing est défini par "l'introduction d'un bijou dans des ouvertures apportées à certaines parties du corps : sourcils, pavillon de l'oreille, lèvres, langue, nez, nombril, mamelons et parties génitales"6)7).Le piercing du lobe de l'oreille - percement traditionnel aussi dans le monde occidental - est exclu de cette définition et différencié des pratiques n'ayant pas d'arrière-plan culturel dans les sociétés occidentales. Muldoon propose néanmoins de considérer tout piercing, qu'il soit au-dessus ou au-dessous du cou, au même titre que ce qui était considéré jadis "traditionnel", c'est-à-dire le percement du lobe des oreilles8). Des piercings situés ailleurs qu'au visage sont désignés aussi de "intimes" 9) ou "non-conventionnels"10). Piercings de l'oreille et d'autres parties anatomiques ne sont généralement pas considérés comme modification durable du corps, car les trous, surtout lorsqu'ils sont petits, se referment après que le bijou ait été enlevé pendant un temps suffisamment long. Dans des articles concernant la réglementation du piercing, les définitions sont plus larges et la question de la durabilité est évaluée différemment. La législation de l'état américain de Virginie, par exemple, définit le piercing comme "un acte de pénétration de la peau, dans le but de produire un trou, une marque, une cicatrice de nature généralement durable"11).

La question de la définition recèle déjà le potentiel conflictuel du piercing. Piercing, appelé par les anglo-saxons de façon beaucoup plus pertinente "body piercing", exclut les - rares - pratiques traditionnelles de modification corporelle du monde occidental qui se limitent, depuis l'idéalisation grecque du corps humain et la représentation de la beauté en tant qu'essence platonique standardisée, au percement du lobe de l'oreille. Ainsi le piercing devient étranger, différent, inconnu et porte en soi déjà toutes les bases du rejet et des préjugés de la société d'une part, de la provocation personnelle d'autre part. Vu sous cet angle, le piercing peut être comparé à d'autres courants comme ils ont toujours existé, provoquant la société et blessant les sentiments généralement acceptés (dans les temps modernes p.ex. le rock 'n' roll, les Beatles, les longs cheveux des hippies, les punks etc.). Le piercing va plus loin et est plus extrême dans le sens qu'il blesse - dans le vrai sens du terme - l'image traditionnelle que notre société se fait du corps humain. Tout d'abord des parties du corps sont transpercées - au contraire du tatouage qui ne fait que graver la peau. Cela prend un aspect particulièrement provoquant lorsqu'il s'agit de parties rendues tabou, tels les mamelons ou la région génitale. Mais les piercings du visage aussi provoquent un rejet chez les personnes n'arborant pas de piercing, par la suppression de l'homogénéité du tissu, par la sensation inimaginable de voir des zones sensibles du visage percées par des bijoux influençant et gênant la mimique,. S'ajoute à cela la matière des bijoux utilisés : du métal - donc une substance "d'acier", "lisse" et "froide", poussée à travers le tissu doux, sensible, "intouchable" de l'épiderme. L'association de blessure, douleur et ensuite, s'agissant d'un acte volontaire, de perversion et anomalie se conçoit facilement. Entre temps un changement de cette perception semble se dessiner, du moins parmi les groupes d'âge semblable. Ainsi Armstrong a constaté que des collégiens non-tatoués perçoivent leurs camarades présentant des modifications corporelles de façon neutre voir positive

# Posté le lundi 10 avril 2006 09:50

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